Prix de thèse académique 2026 : Côme Souchier

À la Une, Recherche
Côme Souchier a reçu le prix de thèse académique 2026 pour ses travaux de recherche parmi les docteurs diplômés en 2025.

Intitulé de sa thèse : Les raisons gouvernementales du temps. Une anthropologie historique des temporalisations du XIVe siècle à nos jours

Problématique et enjeux scientifiques
L'origine des recherches de Côme s'ancre dans l'analyse de la loi de 1891 définissant l'heure légale en France comme l'heure du temps moyen de Paris. Ce point de bascule historique marque la fin d'une ère où les horloges étaient réglées sur l'heure locale, créant des décalages significatifs entre les villes. La thèse de Côme explore les logiques sociales, scientifiques et politiques qui ont présidé à cette unification. Elle interroge la transition d'un temps localisé vers un système horaire national, puis international, perçu comme un instrument essentiel de l'intégration républicaine et de la modernisation de l'État.
Méthodologie et cadre théorique
Pour appréhender cette complexité, les travaux de Côme s'appuient sur une approche interdisciplinaire mêlant socio-histoire et ethnographie. S'inspirant de la méthode de Philippe Descola appliquée à la nature, sa thèse propose une historicisation du rapport occidental au temps, souvent considéré à tort comme universel. L'analyse repose sur l'exploitation de sources archivistiques riches, notamment celles de l'Observatoire de Paris et du Bureau des longitudes, permettant de retracer les débats entre savants et élites politiques sur la standardisation horaire et les réformes connexes telles que l'adoption de l'heure de Greenwich ou de l'heure d'été.
Modes de temporalisation et pratiques sociales
L'étude de Côme déconstruit la catégorie moderne du « temps » en révélant trois grands ensembles de pratiques sociales distinctes :
  • Le rythme : analyse de l'organisation des activités collectives, par exemple à travers l'usage des sonneries marquant le début ou la fin d'une tâche.
  • La mesure : étude de la quantification du temps travail et, par exemple du chronométrage des gestes ouvriers au sein du système productif.
  • La synchronisation : examen des mécanismes de fixation des rendez-vous et de la coordination des interactions sociales à grande échelle.
Conclusion et perspectives historiques
En définitive, les recherches de Côme démontrent que le temps, loin d'être un cadre immuable, est une construction conventionnelle et un enjeu de pouvoir. En restituant la diversité des modes de temporalisation, son travail offre un éclairage nouveau sur la manière dont les sociétés occidentales ont transformé le temps en un objet de politiques publiques, essentiel à la coordination du monde moderne.

Mots clés : temporalisations, standardisation du temps, horloges, politiques temporelles
 
École doctorale : ED SHPT – Sciences de l'homme, du politique et du territoire
Laboratoire d’accueil : Pacte, laboratoire de sciences sociales (Pacte - CNRS/UGA ̶ Sciences Po Grenoble-UGA)
Direction de thèse : Martine Kaluszynski et Jérôme Lamy
Mis à jour le  22 mai 2026