Émilie Étienne a reçu le prix de thèse académique interdisciplinaire 2026 pour ses travaux de recherche parmi les docteurs diplômés en 2025.
Intitulé de sa thèse : Des villages sous tensions : maintenir des mini-réseaux solaires au Sénégal et au Kenya. Promesses et accountability autour des petites infrastructures de développement
L'illusion de la technologie autonome
Si l'effondrement d'un pont ou le déraillement d'un train captent l'attention médiatique, d'autres défaillances d'infrastructures s'opèrent dans un silence relatif. Au Sénégal par exemple, près de la moitié des mini-réseaux solaires villageois ne fonctionnent plus quelques années seulement après leur installation. Cette situation est commune en Afrique sub-saharienne : conçus pour durer vingt ans, ces systèmes s'éteignent souvent avant huit ans. Pourquoi ces solutions d’énergie décentralisée, pourtant financées massivement par les agences internationales, échouent-elles à se maintenir dans le temps ?
Des « chaînes de promesses et d’accountability » mises à l'épreuve
La thèse d’Émilie démontre que la survie d'un mini-réseau ne dépend pas uniquement de sa robustesse technique, mais de la solidité des liens entre acteurs : usagers, exploitants privés, États et bailleurs de fonds. À travers 156 entretiens menés en Europe, au Sénégal et au Kenya, sa recherche analyse ces relations comme des chaînes de promesses et de redevabilité (accountability). L'équilibre est précaire : pour être rentable, les exploitants comptent sur la promesse d'un monopole local. Or, l'extension imprévue du réseau national vient parfois briser cet isolat économique. De même, les comportements des usagers – qui consomment « trop » ou « trop peu » par rapport aux hypothèses de dimensionnement – fragilisent l'infrastructure et sa viabilité économique. La maintenance devient alors le théâtre de compromis permanents, où les contraintes finissent souvent par peser sur les maillons les plus fragiles : les populations rurales et les petits exploitants.
Repenser l'ingénierie par la temporalité
Au-delà du constat social, les travaux d’Émilie interpellent directement le monde de l'ingénierie. Ils soulignent la nécessité d'incorporer l'incertitude et la modularité dès la phase de conception. Plutôt que de dimensionner des systèmes « sous cloche » figés, il s'agit d'anticiper la dégradation naturelle des composants (batteries, onduleurs) et l'évolution imprédictible des besoins humains. Maintenir, c'est avant tout gérer une tension constante entre une production déclinante et une demande généralement croissante.
L'interdisciplinarité : un carrefour nécessaire
Les recherches d’Émilie se situent au point de rencontre entre la sociologie des techniques et des organisations, l'économie du développement et les sciences de l'ingénieur. Co-encadrée par une sociologue et une économiste, sa thèse a mobilisé des collaborations directes avec des ingénieurs pour décrypter les tensions physiques des réseaux (équilibre charge/production). Cette hybridation disciplinaire a permis de lier la matérialité des composants solaires aux logiques politiques de l'aide internationale, prouvant que la pérennité d'une infrastructure est un agencement indissociable entre l'objet technique et son organisation socioéconomique.
Émilie a relevé le défi de vulgariser sa thèse en 3 minutes lors de l’édition 2023 du concours Ma thèse en 180 secondes.
Mots clés : accountability, maintenance, électrification rurale, Afrique, énergie, mini-réseaux
École doctorale : ED SHPT – Sciences de l'Homme, du Politique et du Territoire Laboratoire d’accueil : Pacte, laboratoire de sciences sociales (Pacte - CNRS/UGA ̶ Sciences Po Grenoble-UGA) et Laboratoire d'économie appliquée de Grenoble (GAEL, CNRS/INRAE/UGA ̶ Grenoble INP-UGA) Entreprise d'accueil : Schneider Direction de thèse : Pascale Trompette et Sandrine Mathy
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