Prix de thèse académique interdisciplinaire 2026 : Manon Lorcery

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Manon Lorcery a reçu le prix de thèse académique interdisciplinaire 2026 pour ses travaux de recherche parmi les docteurs diplômés en 2025.

Intitulé de sa thèse : L'évolution de la biodiversité dans le temps et l'espace : interactions environnementales, évolutives et écologiques

Une inégale répartition de la vie
Pourquoi la biodiversité est-elle particulièrement riche sous les tropiques ? Cette question, centrale en écologie, trouve ses racines dans l'histoire profonde de notre planète. La biodiversité actuelle est le fruit de millions d'années d'interactions entre le vivant et une Terre en perpétuel changement : mouvement des continents, formation des montagnes et évolutions climatiques. La thèse de Manon explore comment ces dynamiques environnementales ont façonné, sur 125 millions d'années, les grands modèles de répartition des mammifères terrestres.
Des modèles numériques pour remonter le temps
Pour dépasser les limites des archives fossiles souvent fragmentaires, le travail de Manon repose sur le développement de modèles numériques inédits. En combinant des reconstructions passées du climat, de la tectonique et de la géomorphologie, ses simulations permettent de tester l'influence des processus biologiques (dispersion, spéciation, extinction) à travers les âges. Ses résultats confirment que la concentration exceptionnelle d'espèces dans les tropiques – le gradient latitudinal de diversité – est une caractéristique stable de notre planète depuis au moins 125 millions d'années, agissant à la fois comme un berceau (émergence de nouvelles espèces) et un refuge (persistance à long terme).
Points chauds et stratégies évolutives
À l'échelle régionale, la richesse des « points chauds » de biodiversité s'explique par l'histoire spécifique de leurs paysages. Si la stabilité favorise la survie, ce sont les paysages dynamiques (chaînes de montagnes en formation, réseaux hydrographiques complexes) qui stimulent l'apparition d'espèces nouvelles. La thèse de Manon souligne également l'importance des stratégies individuelles : si les espèces « généralistes » dominent le globe par leur tolérance, les espèces « spécialistes », adaptées à des conditions montagneuses ou climatiques très précises, sont les véritables piliers de la diversité régionale.
Une vision intégrative du système Terre-vivant
L'interdisciplinarité constitue ici le fondement même de la recherche de Manon. En refusant de juxtaposer simplement les domaines, sa thèse opère une fusion entre les sciences de la Terre (climatologie, géodynamique, géomorphologie) et les sciences du vivant (écologie, biologie évolutive). Les transformations physiques de la surface terrestre ne sont plus traitées comme de simples variables externes, mais comme des moteurs dynamiques couplés au vivant. Cette approche « humboldtienne » dépasse les cloisonnements traditionnels pour modéliser un système Terre-vivant où la géologie et la biologie interagissent explicitement pour produire la complexité biologique que nous observons aujourd'hui.

Mots clés : tectonique, géomorphologie, biodiversité
 
École doctorale : ED STEP – Sciences de la Terre, de l’Environnement et des Planètes 
Laboratoire d’accueil : Institut des sciences de la Terre (ISTerre - CNRS/IRD/UGA/UGE/USMB)
Direction de thèse : Laurent Husson et Tristan Salles
Mis à jour le  22 mai 2026